Carburant à 905 FCFA : qui gagne vraiment sur un litre en Côte d’Ivoire ?

Depuis le 1er août 2026, le litre de super sans plomb coûte 905 francs. Trente francs de plus qu'en juillet. Sur un plein de cinquante litres, cela fait 1 500 francs. La question que tout le monde pose au moment de payer est simple : où va cet argent ? La réponse l'est moins, et le principal accusé, la station-service, est celui qui en garde le moins.

Ce qui a changé le 1er août 2026

La Direction générale des Hydrocarbures a annoncé les nouveaux prix le 31 juillet 2026, applicables sur toute l’étendue du territoire national du 1er au 31 août.

Produit Juillet 2026 Août 2026 Variation
Super sans plomb 875 F 905 F +30 F · +3,4 %
Gasoil 700 F 725 F +25 F · +3,6 %
Pétrole lampant 745 F 780 F +35 F · +4,7 %
Gaz butane inchangé
Super875 F en juillet
Super905 F en août
Gasoil700 F en juillet
Gasoil725 F en août
Pétrole745 F en juillet
Pétrole780 F en août

Prix à la pompe en francs CFA par litre, avant et après l’arrêté du 31 juillet 2026.

Le motif officiel tient en une ligne : les fluctuations du marché pétrolier international.

Notons ce qui n’a pas bougé : le gaz butane, produit de cuisson des ménages les plus modestes, reste stable. Ce n’est pas un hasard, c’est une décision.

Qui fixe le prix ? Pas la station-service

C’est le premier malentendu à lever, et il change toute la lecture.

En Côte d’Ivoire, la distribution de carburants s’exerce en prix administrés. L’État arrête chaque mois la structure complète du prix à la pompe : prix de reprise sortie raffinerie, taxes spécifiques, péréquation transport, marge de gros et marge de détail.

Un gérant de station ne décide de rien. Il applique un prix qui lui est notifié. Deux stations concurrentes situées à cent mètres l’une de l’autre affichent le même prix, non par entente, mais par arrêté. Le mécanisme est le même que celui qui encadre le tarif de l’électricité.

Une décision mensuelle

Le prix est révisé tous les mois. C’est ce qui explique que la question revienne dans le débat public avec une régularité de métronome, et qu’elle soit systématiquement mal posée.

Les composantes du prix

Le prix payé à la pompe additionne quatre blocs.

Le coût du produit. Soit le prix de reprise à la sortie de la Société Ivoirienne de Raffinage, soit le coût CAF du produit raffiné importé. C’est la seule composante qui suit réellement les cours mondiaux.

Les taxes et prélèvements. Droits de douane, TVA, redevances et taxes spécifiques sur les produits pétroliers. Certaines sont proportionnelles, elles montent quand le produit monte. D’autres sont fixes en francs par litre, elles ne bougent pas.

Les péréquations. Une péréquation transport, qui permet que le litre coûte le même prix à Abidjan et à Odienné. Et une péréquation produit, de l’ordre de 25 francs par litre selon les éléments publics disponibles.

Les marges. Celle du raffineur, celle du grossiste, celle du détaillant. Toutes fixées par l’État, en francs par litre.

Le point qui commande tout le reste
  • La marge du distributeur est un montant en francs, pas un pourcentage.
  • Quand le baril monte, le prix à la pompe monte et la marge ne bouge pas. Quand le baril baisse, l’inverse.
  • Un distributeur de carburants en régime administré n’est pas un commerçant : c’est un péage.

Le chiffre que personne ne regarde

Passons du général au vérifiable. Une seule source permet de savoir ce que gagne réellement un distributeur en Côte d’Ivoire : les comptes publiés des sociétés cotées.

TotalEnergies Marketing Côte d’Ivoire est cotée à la BRVM. Elle détient environ 28 % du marché des carburants. Ses états financiers sont déposés et vérifiables. Voici son compte de résultat 2024 ramené au litre.

Poste FCFA par litre % du chiffre d’affaires
Chiffre d’affaires 769 100,00 %
− Achats de marchandises et variation de stocks −689 −89,60 %
− Autres achats et charges externes −59 −7,69 %
= Valeur ajoutée 33 4,31 %
− Charges de personnel −8 −1,09 %
= Excédent brut d’exploitation 25 3,23 %
− Dotations aux amortissements −12 −1,54 %
= Résultat d’exploitation 13 1,69 %
= Bénéfice net 12 1,51 %
769de chiffre d’affaires au litre
12de bénéfice net

Chiffre d’affaires et bénéfice net rapportés au litre vendu, en francs CFA. Exercice 2024, tous produits confondus.

Douze francs. Sur chaque litre vendu, le premier distributeur du pays conserve douze francs de bénéfice net.

Sur votre plein de cinquante litres à 45 250 francs, la station et son fournisseur gardent, ensemble, environ 600 francs.

Précaution de lecture
  • Ces 769 francs sont le chiffre d’affaires moyen par litre de TotalEnergies CI en 2024, tous produits confondus : super, gasoil, lubrifiants, gaz, aviation.
  • Ce n’est pas le prix du super à la pompe en août 2026.
  • Ce qu’il faut retenir n’est pas le montant absolu, mais le ratio : environ un franc et demi pour cent. Et ce ratio, lui, ne dépend pas du prix affiché.

Alors, qui encaisse les trente francs ?

C’est la vraie question, et elle appelle une réponse en trois temps, dont le troisième est le plus honnête.

Le coût du produit, d’abord

C’est le motif officiel, et il est plausible. Le prix de reprise du produit raffiné suit les cours internationaux. Quand le baril monte, cette composante monte, et le prix à la pompe suit.

L’État, mécaniquement, sur la part proportionnelle

Une partie des prélèvements, la TVA et certains droits de douane, se calcule en pourcentage d’une base. Quand la base monte, la recette monte, sans qu’aucune décision nouvelle soit prise. C’est arithmétique. On retrouve ici la structure des recettes publiques ivoiriennes, où la fiscalité indirecte pèse lourd.

Les taxes spécifiques, exprimées en francs par litre, ne bougent pas.

Ce qu’on ne peut pas dire, et pourquoi

Voici le point que cet article ne contournera pas : la décomposition ligne à ligne du prix à la pompe n’est pas rendue publique au moment de chaque révision. L’État publie le prix. Il ne publie pas, sous une forme accessible au citoyen, la ventilation exacte des 905 francs entre coût du produit, chaque taxe, chaque péréquation et chaque marge.

Sans cette ventilation, personne, ni nous, ni les commentateurs qui affirment le contraire, ne peut dire avec certitude quelle part des trente francs revient à l’État et quelle part au coût du produit.

Ce que l’on peut établir avec certitude, en revanche, tient en une phrase : ces trente francs ne vont pas au distributeur, dont la marge est fixée en francs par litre et n’a pas été révisée.

Le levier que l’État n’a pas actionné ce mois-ci

Il existe un mécanisme d’amortissement, et il a déjà servi.

L’État peut, par simple arrêté, réduire la base taxable, l’assiette sur laquelle se calculent la douane, les redevances et la TVA. Il absorbe alors une partie de la hausse mondiale dans ses propres recettes, sans toucher au prix affiché.

C’est ce mécanisme qui a permis, entre juillet 2022 et une bonne partie de 2023, de maintenir les prix à la pompe inchangés pendant que les cours mondiaux s’envolaient. Le coût de cette stabilisation ne disparaît pas : il est simplement porté par le budget de l’État plutôt que par le ménage.

En août 2026, ce levier n’a pas été actionné sur le super, mais il l’a été sur le gaz butane, resté stable. La hiérarchie sociale de l’arbitrage est lisible : on protège la cuisson des ménages avant la mobilité individuelle.

Ce que la hausse change concrètement

Juillet Août Écart
Plein de 50 litres, super 43 750 F 45 250 F +1 500 F
Plein de 40 litres, gasoil 28 000 F 29 000 F +1 000 F
Sur douze mois, à deux pleins par mois +36 000 F

Pour un ménage salarié au SMIG, revalorisé à 75 000 francs, deux pleins de super par mois représentent désormais plus de 60 % du salaire minimum mensuel. Le gasoil, moins taxé et plus utilisé par le transport collectif, reste le vrai marqueur du coût de la vie : sa hausse se répercute sur le prix du gbaka, du transport de marchandises et donc du panier alimentaire.

Ce qu’il faudrait pour clore le débat

Une seule chose : publier la structure du prix à chaque révision.

Un tableau d’une dizaine de lignes, joint à l’arrêté mensuel, indiquant combien de francs vont au produit, à chaque taxe, à chaque péréquation et à chaque marge. Plusieurs pays de la sous-région le font.

Tant que ce tableau n’existe pas, chaque hausse produira le même scénario : une accusation portée sur les stations-service, qui gardent un franc et demi pour cent, et un débat qui ne peut pas être tranché faute de chiffres.

Le carburant n’a jamais été un produit de marché en Côte d’Ivoire. C’est un instrument de politique publique, dont le prix est un arbitrage mensuel entre les recettes de l’État, le coût mondial et le pouvoir d’achat des ménages. Comprendre cela ne fait pas baisser le prix. Mais cela permet, au moins, de savoir à qui adresser la question.

Questions fréquentes

Quel est le prix du carburant en Côte d’Ivoire en août 2026 ?

Le super sans plomb est à 905 FCFA le litre, le gasoil à 725 FCFA et le pétrole lampant à 780 FCFA. Le gaz butane reste inchangé. Ces prix s’appliquent du 1er au 31 août 2026 sur tout le territoire.

Pourquoi le carburant augmente-t-il en Côte d’Ivoire ?

La Direction générale des Hydrocarbures invoque les fluctuations du marché pétrolier international. Le coût du produit raffiné est la seule composante du prix qui suive réellement les cours mondiaux ; les taxes spécifiques et les marges sont fixées en francs par litre.

Qui fixe le prix de l’essence en Côte d’Ivoire ?

L’État, par arrêté mensuel. Il arrête la structure complète du prix : prix de reprise sortie raffinerie, taxes, péréquations et marges de gros et de détail. Les stations-service n’ont aucun pouvoir sur le prix affiché.

Combien gagne une station-service sur un litre ?

Peu. Sur l’exercice 2024, TotalEnergies Marketing Côte d’Ivoire, premier distributeur du pays avec environ 28 % du marché, a réalisé 769 FCFA de chiffre d’affaires par litre pour 12 FCFA de bénéfice net, soit une marge nette de 1,51 %.

Pourquoi tous les carburants coûtent-ils le même prix partout en Côte d’Ivoire ?

Grâce à la péréquation transport, une composante du prix qui mutualise le coût d’acheminement. Le litre coûte donc autant à Abidjan qu’à Korhogo, alors que le coût réel de livraison diffère fortement.

L’État peut-il empêcher une hausse ?

Oui. Il peut réduire la base taxable par arrêté, absorbant la hausse mondiale dans ses propres recettes plutôt que dans le prix à la pompe. Ce mécanisme a maintenu les prix inchangés pendant de longs mois à partir de juillet 2022. Son coût est alors porté par le budget de l’État.

Pourquoi le gaz butane n’augmente-t-il pas ?

Parce qu’il s’agit d’un arbitrage social explicite. Le butane est le combustible de cuisson des ménages les plus modestes ; il est traité différemment du carburant de mobilité dans la structure des prix.

Où trouver la décomposition officielle du prix ?

Elle n’est pas publiée sous une forme accessible au moment de chaque révision. L’État communique le prix, non sa ventilation détaillée entre coût du produit, taxes, péréquations et marges.

Poursuivre l’analyse

Cet article s’appuie sur une source que peu de commentateurs consultent : les comptes publiés des sociétés cotées. C’est le seul endroit où l’on peut vérifier, chiffre à l’appui, ce que gagne réellement un acteur de la filière.

Notre note de recherche sur TotalEnergies Marketing Côte d’Ivoire décompose l’économie de la distribution pétrolière ivoirienne au litre, sur cinq exercices : d’où vient la marge, pourquoi elle s’érode, et ce que vaut une entreprise dont le prix de vente est fixé par un tiers.

Elle documente aussi un fait que la hausse du 1er août rend d’autant plus parlant : entre 2021 et 2025, le chiffre d’affaires du groupe a progressé de 4,5 % par an, et son résultat d’exploitation a reculé de 6,4 % par an.

Consulter la note de recherche TotalEnergies Marketing CI (TTLC) →

Sources

Méthodologie et avertissement

Les retraitements et les calculs de ratios sont propres à Ridwan Abdou et détaillés dans la note complète.

Ce document exprime une opinion personnelle à la date de publication. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée, ni une sollicitation d’achat ou de vente. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

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