La CIE en bref
| Création | 24 août 1990, par Bouygues et EDF, en remplacement de l’EECI |
|---|---|
| Métier | Production, transport, distribution, import et export d’électricité, sous concession de l’État |
| Actionnariat | Eranove 54 % · État de Côte d’Ivoire 15 % · public 26 % · salariés (FCP) 5 % |
| Concession en cours | 2020-2032, troisième contrat, d’une durée de 12 ans |
| Clients | 5 282 283 fin 2025 |
| Volumes distribués | 13 035 GWh en 2025 |
| Réseau | environ 69 000 km |
| Effectif | environ 5 400 salariés |
| Cotation | BRVM, code CIEC · 56 000 000 actions · capital 14 Md FCFA |
| Chiffre d’affaires 2025 | 302,3 Md FCFA (+14,8 %) |
| Notation | AA+ / A1+, perspective stable (Bloomfield) |
1990 : l’État confie son électricité au privé
La fin de l’EECI
Au tournant des années 1990, l’Énergie Électrique de Côte d’Ivoire, l’EECI, entreprise publique, est financièrement à bout de souffle. Le gouvernement fait alors un choix qui reste, trente-six ans plus tard, l’un des plus commentés d’Afrique de l’Ouest : confier le service public de l’électricité à une société privée.
La Compagnie Ivoirienne d’Électricité est créée le 24 août 1990 par le groupe français Bouygues et Électricité de France. Elle reçoit une concession portant sur la production, le transport, la distribution, l’importation et l’exportation d’électricité. L’objectif affiché est explicite : redresser financièrement un secteur en faillite.
La Côte d’Ivoire devient ainsi le premier pays d’Afrique subsaharienne à déléguer l’intégralité de son service électrique à un opérateur privé. Le modèle sera étudié, et parfois copié, dans toute la sous-région. Vingt-trois ans plus tard, c’est le même groupe qui prendra le contrôle de la SODECI, concessionnaire de l’eau potable, sur un schéma comparable.
Trois contrats en trente-six ans
| Période | Durée | Contexte |
|---|---|---|
| 1990-2005 | 15 ans | Concession initiale, redressement du secteur |
| 2005-2020 | 15 ans | Reconduction, montée en puissance de la production privée |
| 2020-2032 | 12 ans | Refonte complète de la convention · échéance octobre 2032 |
La durée du troisième contrat mérite l’attention : douze ans au lieu de quinze. La refonte de 2020-2021 a également modifié en profondeur la mécanique financière entre la CIE et l’État, au point que l’exercice 2021 comporte, dans les comptes, des mouvements de plusieurs centaines de milliards sans rapport avec l’exploitation courante.
Ce que la CIE fait exactement, et ce qu’elle ne fait pas
C’est le malentendu le plus répandu du dossier, et il fausse toute lecture.
La CIE n’est pas propriétaire du système électrique ivoirien. Les centrales, les lignes de transport, les grands ouvrages appartiennent à l’État, dont CI-Énergies est le bras armé. La CIE exploite, entretient, relève les compteurs, facture et encaisse, puis reverse.
La conséquence chiffrée est spectaculaire. En 2025, la CIE a facturé 1 057 milliards FCFA d’électricité. Son propre chiffre d’affaires s’est élevé à 302 milliards.
L’écart n’est pas une marge : c’est de l’argent qui appartient au secteur électrique, encaissé par la CIE pour le compte de l’Autorité concédante. Seule sa rémunération d’opérateur passe par son compte de résultat.
Et cette part se réduit.
| 2021 | 2025 | |
|---|---|---|
| Ventes d’énergie facturées | 665,2 Md FCFA | 1 057,1 Md |
| Chiffre d’affaires de la CIE | 231,8 Md FCFA | 302,3 Md |
| Part revenant à la CIE | 34,8 % | 28,6 % |
En quatre ans, l’électricité facturée a progressé de 59 %, le chiffre d’affaires de la CIE de 30 %. Six points de la facture nationale ont changé de destinataire.
Deux millions de clients en quatre ans
Voici le chiffre qui justifie le titre de cet article.
| Indicateur | 2021 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Nombre de clients | 3 254 968 | 5 282 283 | +62,3 % |
| Volumes vendus (national) | 8 839 GWh | 12 248 GWh | +38,6 % |
| Volumes totaux (avec export) | 9 682 GWh | 13 035 GWh | +34,6 % |
| Branchements PEPT réalisés | 202 780 | 561 602 | ×2,8 |
Plus de deux millions de nouveaux clients en quatre exercices. Aucune entreprise ivoirienne, dans aucun secteur, n’a connecté autant de monde aussi vite.
Le PEPT : une politique publique financée par l’entreprise
Ce raccordement de masse porte un nom : le Programme Électricité Pour Tous, lancé en 2014. Son principe est social et efficace. Le ménage bénéficiaire verse 1 000 FCFA d’apport initial sur un branchement facturé 150 000 FCFA, et règle le solde étalé sur dix ans.
De 2014 à fin 2022, le programme a permis 1 476 779 branchements pour un coût de 221,5 milliards FCFA. Le taux de desserte national est passé de 27,9 % en 2013 à 65 % en 2022.
Le point que peu de commentaires relèvent : ces branchements ont été largement préfinancés par la CIE elle-même. L’entreprise avance le coût du raccordement et se fait rembourser sur une décennie, par des ménages modestes, à raison de quelques milliers de francs par mois.
- Une politique d’accès universel financée sur le bilan d’un opérateur privé produit mécaniquement deux choses : de la croissance de clientèle, et une montagne de créances.
- Ce n’est pas un dysfonctionnement, c’est la conception même du dispositif.
- Pour la phase 2025-2026, portant sur 423 828 nouveaux branchements, la CIE a eu recours à une titrisation de 607 000 créances, pour 86,5 milliards FCFA.
2026 : le réseau craque
Et pourtant, malgré ces raccordements, la Côte d’Ivoire s’est réveillée en 2026 avec des coupures d’électricité massives à Abidjan.
Ce n’est pas un problème de production
Le diagnostic officiel est sans ambiguïté, et il est instructif. Selon la direction générale de CI-Énergies, le pays ne souffre pas d’un déficit de production, mais des limites de son réseau de distribution, mis sous tension par une demande qui croît de 10 à 14 % par an, tirée par Abidjan, et par des épisodes de chaleur exceptionnels. Les défaillances viennent de transformateurs en surcharge et d’équipements moyenne tension vieillissants.
Ce n’est pas la première fois. Entre avril et août 2021, un déficit de 200 MW avait imposé un plan de délestage touchant 145 grandes entreprises industrielles. Des tensions comparables sont réapparues en 2024.
Le plan de 700 milliards
Le 23 mars 2026, l’État a annoncé un plan d’investissement de 700 milliards FCFA, environ 1,2 milliard de dollars, pour renforcer le réseau électrique. Les mesures d’urgence prévoient l’installation de 250 postes de distribution, dont 100 à Abidjan et 150 à l’intérieur du pays.
Parallèlement, le Conseil des ministres a validé le 5 août 2026 trois décrets autorisant 735 MW de nouvelles centrales privées, à Taboth, Abidjan et Attakro.
L’objectif national est de porter la capacité installée de 2 907 MW, niveau constaté en 2023, dominé à 75 % par le thermique, à 5 128 MW d’ici 2030, avec une cible de 45 % de renouvelables dans le mix.
Frise chronologique
Le rôle de la CIE dans l’économie ivoirienne
Un employeur et un formateur. Avec environ 5 400 salariés et 69 000 km de réseau à entretenir, la CIE fait partie des premiers employeurs industriels privés du pays, avec un vivier de compétences techniques, électriciens, automaticiens, réseauteurs, que peu d’entreprises ivoiriennes forment à cette échelle.
Un instrument de politique sociale. Le PEPT a fait passer le taux de desserte de 27,9 % à 65 % en moins de dix ans. Peu de politiques publiques africaines affichent une progression aussi rapide sur un indicateur aussi structurant.
Un exportateur régional. La Côte d’Ivoire vend son électricité au Burkina Faso, au Mali, au Ghana, au Liberia et à la Sierra Leone. En 2025, l’export a représenté 787 GWh, un volume en repli par rapport à 2021 (844 GWh), précisément parce que la demande intérieure absorbe désormais la production disponible.
Avec la SODECI, la CIE est l’une des deux seules valeurs du compartiment Services Publics de la BRVM, et de loin la plus liquide des deux.
Les défis
Le réseau, pas la production. Le goulot d’étranglement s’est déplacé. Construire des centrales est relativement rapide et attire des capitaux privés ; renouveler 69 000 km de réseau ne se fait ni vite ni de manière spectaculaire. C’est pourtant là que se joue la qualité du service, et la satisfaction du client final, qui n’a qu’un seul interlocuteur : la CIE.
Le partage de la valeur. La part de la facture nationale revenant à la CIE est passée de 34,8 % à 28,6 % en quatre ans. Toute renégociation de la formule de rémunération se joue sur ce terrain.
Le poids des créances. Financer l’accès universel sur son propre bilan a un coût de trésorerie considérable. La CIE a réduit ses créances propres de 246 milliards FCFA en 2021 à 138 milliards en 2025, un assainissement réel, mais le modèle du PEPT continue de produire du crédit à dix ans sur une clientèle modeste. La SODECI connaît une contrainte de même nature sur l’eau.
L’échéance de 2032. C’est l’horizon qui surplombe tout le reste. Le contrat a déjà été raccourci de quinze à douze ans lors de la dernière reconduction. Un opérateur dont le droit d’exploiter s’arrête à une date connue n’a pas le même horizon d’investissement qu’un propriétaire.
Perspectives
Trois questions structureront la période qui vient.
Qui paiera les 700 milliards ? Le plan de renforcement du réseau est annoncé par l’État. Sa répartition entre financement public, bailleurs et opérateur détermine directement la trajectoire d’investissement de la CIE.
La demande peut-elle ralentir ? À 10 ou 14 % de croissance annuelle, tirée par l’urbanisation d’Abidjan et l’industrialisation visée par le Plan National de Développement 2026-2030, la réponse est probablement non. Le réseau devra suivre, ou les coupures reviendront.
Que se passe-t-il en 2032 ? Reconduction, remise en concurrence, renégociation des termes : les trois hypothèses existent. Aucune n’est neutre pour une entreprise dont l’intégralité de l’activité repose sur ce document.
Questions fréquentes
Qui gère l’électricité en Côte d’Ivoire ?
La Compagnie Ivoirienne d’Électricité (CIE) exploite le service public de l’électricité, production, transport, distribution, import et export, dans le cadre d’une concession accordée par l’État. Les infrastructures appartiennent à l’État, dont CI-Énergies assure la maîtrise d’ouvrage.
Quand la CIE a-t-elle été créée ?
Le 24 août 1990, par le groupe Bouygues et Électricité de France, en remplacement de l’entreprise publique EECI. La Côte d’Ivoire est ainsi devenue le premier pays d’Afrique subsaharienne à confier l’ensemble de son service électrique à un opérateur privé.
Qui est l’actionnaire principal de la CIE ?
Le groupe Eranove détient 54 % du capital. L’État de Côte d’Ivoire en détient 15 %, le public 26 % et les salariés environ 5 % via leur fonds commun de placement.
Quand expire la concession de la CIE ?
En octobre 2032. Il s’agit du troisième contrat, conclu pour douze ans après deux périodes de quinze ans, de 1990 à 2005 puis de 2005 à 2020.
Combien de clients la CIE dessert-elle ?
5 282 283 clients fin 2025, contre 3 254 968 fin 2021, soit plus de deux millions de nouveaux raccordements en quatre ans. Les volumes distribués atteignent 13 035 GWh.
Pourquoi y a-t-il des coupures d’électricité en Côte d’Ivoire ?
Selon CI-Énergies, le pays ne souffre pas d’un déficit de production mais des limites de son réseau de distribution : transformateurs en surcharge, équipements moyenne tension vieillissants, face à une demande qui croît de 10 à 14 % par an. Un plan de 700 milliards FCFA a été annoncé en mars 2026 pour y remédier.
Qu’est-ce que le Programme Électricité Pour Tous ?
Lancé en 2014, le PEPT permet à un ménage de se raccorder en versant 1 000 FCFA d’apport initial sur un coût de 150 000 FCFA, le solde étant réglé sur dix ans. Il a permis près de 1,5 million de branchements entre 2014 et 2022 et porté le taux de desserte national de 27,9 % à 65 %.
La CIE est-elle cotée en Bourse ?
Oui, à la BRVM sous le code CIEC. Le capital est composé de 56 000 000 actions pour 14 milliards FCFA.
Poursuivre l’analyse
Cet article décrit une entreprise qui a tenu le rythme sur le terrain. Il ne dit pas ce que cette performance vaut pour un actionnaire.
C’est l’objet de notre note de recherche sur CIEC, construite à partir des états financiers sociaux SYSCOHADA et consolidés IFRS des exercices 2021 à 2025, les deux référentiels, repris et recalculés séparément.
Le dossier présente une particularité que peu d’analyses relèvent : 73 % du bilan publié de la CIE ne lui appartient pas. Les actifs et passifs gérés pour le compte de l’Autorité concédante y figurent à l’identique des deux côtés, pour 1 470 milliards FCFA en 2025. Tout ratio calculé sur le total publié est économiquement faux : la rentabilité de l’actif passe de 0,65 % à 2,39 % selon qu’on retraite ou non, sans qu’aucune réalité opérationnelle ne change.
Le rapport reconstitue le bilan retraité, mesure la rentabilité réelle du métier d’opérateur, valorise l’entreprise sous contrainte d’une concession qui expire en 2032, et aboutit à une recommandation qui ne suit pas le marché.
Consulter la note de recherche CIE (CIEC) →
ÉnergieDe la pompe au panneau solaire : TotalEnergies change de modèle769 francs de chiffre d’affaires au litre, douze francs de bénéfice, et un premier contrat dont l’État ne fixe pas le prix.
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Services PublicsPourquoi la SODECI n’a jamais été aussi stratégiqueDeux millions de clients, un contrat reconduit sans concurrence, deux années de CA en créances.
Sources
- CIE — Notre histoire
- CIE — Programme Électricité Pour Tous
- Eranove — Compagnie Ivoirienne d’Électricité
- Wikipédia — Compagnie ivoirienne d’électricité
- Proparco — La production privée d’électricité : le modèle ivoirien
- Gouvernement de Côte d’Ivoire — Le PEPT a permis 1 476 779 branchements-abonnements
- Banque africaine de développement — Côte d’Ivoire, PEPT Phase 2 Social Bond
- KOACI — Coupures d’électricité : plan d’urgence de 700 milliards FCFA
- Yeclo — Électricité : 735 MW de nouvelles centrales approuvés
- Sikafinance — Un secteur électrique en forte croissance : 5 000 MW projetés à l’horizon 2030
- Jeune Afrique — La croissance d’Abidjan met le réseau ivoirien sous tension
- Agence Ecofin — La CIE met en place un programme de délestage
- CIE S.A. — États financiers personnels SYSCOHADA et consolidés IFRS 2021 à 2025, et indicateurs de performances techniques publiés (BRVM)