TotalEnergies Marketing Côte d’Ivoire en bref
| Arrivée en Côte d’Ivoire | 1947, sous le nom de CFDPA |
|---|---|
| Métier | Distribution de carburants, lubrifiants, GPL, aviation, bitume · solutions solaires B2B |
| Réseau | environ 184 stations-service, plus de 109 boutiques |
| Parts de marché | 28 % carburants · 46 % lubrifiants · 33 % GPL vrac |
| Cotation | BRVM depuis le 16 septembre 1998, code TTLC |
| Titres | 62 961 600 actions · nominal 50 FCFA · flottant 27,0 % |
| Chiffre d’affaires 2025 | 588,7 Md FCFA |
| Résultat net 2025 | 9,1 Md FCFA |
| Marge nette 2025 | 1,54 % |
1947-1998 : près de quatre-vingts ans de distribution
Une arrivée d’avant l’indépendance
L’histoire commence en 1947, treize ans avant l’indépendance. La Compagnie Française de Distribution des Pétroles en Afrique (CFDPA) s’installe en Côte d’Ivoire et commercialise essence, gasoil, huiles et pétrole lampant sur les territoires de l’AOF et de l’AEF. En 1949, elle ouvre un dépôt à Abidjan.
Peu d’entreprises présentes aujourd’hui en Côte d’Ivoire peuvent revendiquer une antériorité aussi longue. La marque changera plusieurs fois de nom ; le métier, jamais.
1998 : l’entrée en Bourse
Le 16 septembre 1998, Total Côte d’Ivoire rejoint la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières, sous le code TTLC, le même jour que Nestlé Côte d’Ivoire, SOLIBRA et la SODECI, lors de la vague inaugurale de la place régionale.
2021 : de Total à TotalEnergies
En 2021, le groupe change de nom et d’identité visuelle pour marquer sa mue vers un modèle multi-énergies. La filiale ivoirienne devient TotalEnergies Marketing Côte d’Ivoire. Le mot « Marketing » n’est pas décoratif : il indique que la société cotée à Abidjan est une entreprise de distribution aval. Elle ne produit pas de pétrole, elle ne raffine pas. Elle achète, transporte et vend.
Douze francs par litre : l’économie réelle d’une station-service
Voici le tableau que peu de gens ont vu, reconstitué à partir des comptes 2024 et ramené au litre.
| Poste | FCFA par litre | % du chiffre d’affaires |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 769 | 100,00 % |
| − Achats de marchandises et variation de stocks | −689 | −89,60 % |
| − Autres achats et charges externes | −59 | −7,69 % |
| = Valeur ajoutée | 33 | 4,31 % |
| − Charges de personnel | −8 | −1,09 % |
| = Excédent brut d’exploitation | 25 | 3,23 % |
| − Dotations aux amortissements | −12 | −1,54 % |
| = Résultat d’exploitation | 13 | 1,69 % |
| = Bénéfice net | 12 | 1,51 % |
Sur mille francs de carburant vendus, l’entreprise en garde quinze. Le reste part chez le fournisseur, le transporteur, l’État et la banque.
Une marge fixée par l’État, pas par le marché
La clé est là, et elle change toute la lecture du dossier. La distribution de carburants en Côte d’Ivoire s’exerce en prix administrés. L’État arrête la structure des prix à la pompe : prix de reprise sortie raffinerie, taxes spécifiques, péréquation transport, marge de gros et marge de détail.
La marge du distributeur est un montant en francs par litre, indépendant du prix du produit. C’est ce qui explique où vont réellement les hausses mensuelles du prix à la pompe. Conséquence contre-intuitive : quand le baril monte, le chiffre d’affaires de TotalEnergies CI monte, et sa marge ne bouge pas. Quand le baril baisse, l’inverse.
- Un distributeur de carburants en régime de prix administrés n’est pas un commerçant : c’est un péage.
- Son revenu dépend du nombre de litres qui passent, pas de leur valeur.
- C’est pourquoi le chiffre d’affaires, aussi impressionnant soit-il, ne mesure presque rien.
Ce que cela donne sur cinq ans
| En Md FCFA | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 494,4 | 573,1 | 578,9 | 621,0 | 588,7 |
| Résultat d’exploitation | 16,1 | 16,5 | 12,1 | 10,5 | 12,3 |
| Résultat net | 11,1 | 12,3 | 8,7 | 9,4 | 9,1 |
| Marge nette | 2,25 % | 2,14 % | 1,50 % | 1,51 % | 1,54 % |
Le chiffre d’affaires progresse de 4,5 % par an sur la période. Le résultat d’exploitation recule de 6,4 % par an. La société vend davantage et gagne moins, la définition même d’une marge qui s’érode.
Un leader dans un secteur verrouillé par la logistique
La distribution de produits pétroliers est l’un des plus grands secteurs marchands de Côte d’Ivoire, avec un chiffre d’affaires agrégé estimé autour de 1 600 milliards FCFA.
Sa structure explique pourquoi le nombre d’acteurs ne se traduit pas par une concurrence destructrice.
| Raffinage | Un raffineur unique, la Société Ivoirienne de Raffinage (SIR) |
|---|---|
| Stockage | GESTOCI, opérateur du stockage stratégique, avec trois dépôts à Abidjan, Bouaké et Yamoussoukro |
| Logistique | Environ 3 540 camions-citernes et un pipeline Abidjan-Bouaké de 385 km |
| Distribution | Un aval ouvert : plus de quarante acteurs pour environ 1 285 stations-service |
Dans cet ensemble, TotalEnergies Marketing Côte d’Ivoire occupe la première place avec 28 % du marché des carburants, 46 % des lubrifiants et 33 % du GPL en vrac, pour un réseau de quelque 184 stations dont plus de 109 abritent une boutique.
C’est un moat logistique réel : construire un réseau national de stations, sécuriser des capacités de dépôt et opérer une flotte demande des années et beaucoup de capital. Mais un moat logistique protège la part de marché, pas la marge, puisque celle-ci est fixée ailleurs.
Le virage solaire : ce qu’il est vraiment
C’est ici que l’histoire devient intéressante, et elle est plus subtile que ne le suggère le mot « transition ».
Solariser les stations
Le groupe TotalEnergies s’est engagé dans un programme d’équipement de 5 000 stations-service en panneaux solaires dans le monde, dont près de 2 345 en Afrique. En Côte d’Ivoire, les stations sont progressivement dotées de toitures photovoltaïques.
C’est utile, visible, et cela réduit une facture d’électricité. Ce n’est pas un changement de modèle : cela reste de l’économie de charges.
Vendre de l’énergie aux industriels, le vrai basculement
Le mouvement décisif est ailleurs. TotalEnergies Marketing Côte d’Ivoire propose désormais aux entreprises des solutions solaires entièrement intégrées et financées. La société conçoit, installe, met en service, entretient et supervise la performance, et elle finance l’intégralité du projet, le client payant mensuellement l’énergie produite.
Le premier grand contrat documenté est signé avec L’Ivoirienne d’Hévéa : une centrale photovoltaïque de 5 MW, plus de 8 200 panneaux, destinée à alimenter le site de production du transformateur de caoutchouc.
- Ce contrat est la première activité de l’entreprise dont le prix n’est pas fixé par l’État.
- Un contrat de fourniture solaire à un industriel est un prix négocié de gré à gré, sur une durée longue, avec une marge que la société détermine elle-même.
- C’est exactement l’inverse du modèle de la pompe. Le solaire n’est pas seulement une réponse climatique : c’est une tentative de sortir du prix administré.
Ce que le solaire ne change pas encore
Il faut mesurer les ordres de grandeur avec honnêteté. Une centrale de 5 MW représente un investissement de quelques milliards de francs. Le chiffre d’affaires de l’entreprise s’élève à 588,7 milliards. Le solaire est aujourd’hui stratégiquement juste et financièrement marginal.
Le contexte national joue toutefois en sa faveur : la Côte d’Ivoire vise 45 % de renouvelables dans son mix d’ici 2030, avec une capacité solaire qui doit passer d’environ 42 MW en 2026 à 925 MW en 2030, et douze centrales photovoltaïques programmées entre 2025 et 2026. La demande industrielle en énergie décarbonée, elle, existe déjà.
Frise chronologique
Le rôle de TotalEnergies CI dans l’économie ivoirienne
Un maillon d’infrastructure. Sans réseau de distribution dense, aucune économie ne fonctionne : le carburant alimente les gbakas, les camions de cacao, les groupes électrogènes des PME et les avions à l’aéroport Félix-Houphouët-Boigny. Le premier distributeur du pays est, de fait, une infrastructure privée.
Un collecteur d’impôts. Le carburant est l’un des produits les plus taxés de Côte d’Ivoire. Sur les 769 francs du litre, une part substantielle revient à l’État via les taxes spécifiques intégrées dans la structure du prix, collectées par le distributeur.
Un employeur indirect. Le réseau de stations et ses boutiques font vivre des gérants, des pompistes, des commerçants. C’est un modèle de franchise sociale peu documenté, mais économiquement significatif.
Les défis
La marge administrée. C’est la contrainte fondamentale. Toute revalorisation de la marge de distribution est une décision publique, prise dans un pays où le prix à la pompe est un sujet politiquement sensible.
Le besoin en fonds de roulement. Les créances d’exploitation sont passées de 60,5 Md FCFA en 2021 à 88,7 Md en 2025, soit une progression de 10,1 % par an, deux fois plus vite que le chiffre d’affaires. Financer ce décalage a un coût.
L’érosion des fonds propres. Les capitaux propres reculent de 48,1 Md FCFA en 2021 à 36,2 Md en 2025, soit −6,9 % par an. Une entreprise qui distribue plus qu’elle ne gagne consomme mécaniquement son bilan.
La concurrence de l’aval. Plus de quarante acteurs se partagent 1 285 stations. La différenciation par le prix est impossible en régime administré ; elle se joue donc sur l’emplacement, la boutique et les services, c’est-à-dire sur de l’investissement.
Perspectives
Trois questions domineront la décennie.
Le solaire peut-il devenir significatif ? Il faudrait passer de quelques mégawatts à plusieurs dizaines pour que l’activité pèse dans le compte de résultat. La demande existe ; la question est celle du capital que la société peut y consacrer.
La marge sera-t-elle revalorisée ? C’est la variable la plus déterminante et la moins prévisible, parce qu’elle est politique.
Le modèle de distribution restera-t-il le même ? Le carburant reste, et restera longtemps, le cœur du métier : la demande ivoirienne progresse de 5 à 6 % par an, portée par la démographie et la motorisation. Mais la valeur créée par litre, elle, ne progresse pas.
Questions fréquentes
Depuis quand TotalEnergies est-elle présente en Côte d’Ivoire ?
Depuis 1947, sous le nom de Compagnie Française de Distribution des Pétroles en Afrique (CFDPA), qui ouvre un dépôt à Abidjan en 1949. La société est l’une des plus anciennes entreprises encore en activité dans le pays.
Qui fixe le prix du carburant en Côte d’Ivoire ?
L’État. Il arrête la structure complète du prix à la pompe : prix de reprise sortie raffinerie, taxes spécifiques, péréquation transport, marge de gros et marge de détail. La marge du distributeur est un montant fixe en francs par litre, indépendant du cours du pétrole.
Combien gagne réellement un distributeur de carburant ?
Sur l’exercice 2024, TotalEnergies Marketing Côte d’Ivoire a réalisé 769 FCFA de chiffre d’affaires par litre pour un bénéfice net de 12 FCFA, soit une marge nette de 1,51 %. L’essentiel du prix payé à la pompe part en achat de produit et en taxes.
Combien de stations TotalEnergies compte la Côte d’Ivoire ?
Environ 184 stations-service, dont plus de 109 abritent une boutique. Le parc national toutes enseignes confondues compte environ 1 285 stations exploitées par plus de quarante acteurs.
Quelles sont les parts de marché de TotalEnergies en Côte d’Ivoire ?
L’entreprise est leader avec environ 28 % du marché des carburants, 46 % des lubrifiants et 33 % du GPL en vrac.
TotalEnergies vend-elle de l’électricité solaire en Côte d’Ivoire ?
Oui. TotalEnergies Marketing Côte d’Ivoire propose aux entreprises des solutions solaires intégrées et financées : la société conçoit, installe, finance et exploite l’installation, le client payant mensuellement l’énergie produite. Un projet de 5 MW a notamment été signé avec L’Ivoirienne d’Hévéa, avec plus de 8 200 panneaux.
TotalEnergies Marketing Côte d’Ivoire est-elle cotée en Bourse ?
Oui, à la BRVM depuis le 16 septembre 1998, sous le code TTLC. Le capital est composé de 62 961 600 actions de 50 FCFA de nominal, dont 27,0 % de flottant.
Pourquoi le chiffre d’affaires de l’entreprise varie-t-il autant ?
Parce qu’il suit le prix du pétrole, pas l’activité. En régime de prix administrés, une hausse du baril gonfle le chiffre d’affaires sans modifier la marge. En 2025, le chiffre d’affaires a reculé de 5,2 % alors que le résultat d’exploitation progressait de 17,5 %.
Poursuivre l’analyse
Cet article raconte une entreprise qui cherche, avec cohérence, à sortir d’un modèle dont elle ne maîtrise pas le prix. Il ne dit pas ce que ce titre vaut aujourd’hui.
Notre note de recherche sur TTLC part des états financiers 2021-2025 et pose la question que le rendement affiché masque : une société qui distribue davantage que son bénéfice depuis 2023 peut-elle continuer ? Le taux de distribution effectif a atteint 154 % en 2025, les capitaux propres ont fondu de 48 à 36 milliards en quatre ans, et la trésorerie nette est passée de +2 à −22 milliards.
Le rapport reconstitue la capacité distributive soutenable, valorise l’entreprise par cinq méthodes indépendantes, et aboutit à une conclusion en deux temps : le secteur mérite d’être détenu, le titre au prix actuel ne l’est pas.
Consulter la note de recherche TotalEnergies Marketing CI (TTLC) →
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Sources
- TotalEnergies Marketing Côte d’Ivoire — site officiel
- TotalEnergies Marketing CI — Nos solutions solaires dédiées aux professionnels
- TotalEnergies Marketing CI — Nos stations-service
- TotalEnergies — Partenariat solaire de 5 MW avec L’Ivoirienne d’Hévéa
- TotalEnergies — Activités en Côte d’Ivoire
- WikiTotal — Total’s history in Ivory Coast
- BRVM — Fiche émetteur TotalEnergies Marketing Côte d’Ivoire
- Abidjan.net — Douze centrales solaires photovoltaïques entre 2025 et 2026
- Ministère de l’Énergie — Quatre centrales solaires d’une capacité de 210,3 MWc
- TotalEnergies Marketing Côte d’Ivoire — états financiers 2021 à 2025 et rapport d’activités du 1er trimestre 2026 (BRVM)