AGL Côte d’Ivoire en bref
| Racines du métier | Les commissionnaires SCAC et SOCOPAO, actifs en Afrique de l’Ouest depuis 1927, rachetés par Bolloré en 1986 |
|---|---|
| Création de l’entité ivoirienne | 1986, filiale du groupe SDV |
| Cotation | BRVM depuis le 16 septembre 1998, compartiment Transport, code SDSC · ISIN CI0000000261 |
| Devient Bolloré Africa Logistics CI | 2009 |
| Devient AGL Côte d’Ivoire | Avril 2023, après le rachat du groupe par MSC |
| Actions | 54 435 300 · capital 10,887 Md FCFA · nominal 200 F depuis la division de 2017 |
| Actionnariat | AGL France 74,80 % · flottant 25,01 % · autres 0,19 % |
| Effectif en Côte d’Ivoire | environ 2 500 collaborateurs, 18 sites opérationnels |
| Entrepôts | 133 000 m² de magasins et centres de groupage |
| Chiffre d’affaires 2025 | 92,0 Md FCFA, +7,4 %, plus haut niveau depuis cinq ans |
| Résultat net 2025 | 0,78 Md FCFA, en recul de 96,3 % |
| Capitalisation | 149,7 Md FCFA à 2 750 FCFA l’action |
1927-1986 : les racines d’un métier
L’histoire du métier commence bien avant celle de la société. Elle commence en 1927, avec deux sigles que plus personne n’emploie : la SCAC, Société Commerciale d’Affrètements et de Commissions, et la SOCOPAO, Société Commerciale des Ports de l’Afrique de l’Ouest. Leur activité est celle du transitaire : dédouaner, entreposer, acheminer, pour le compte du commerce colonial d’arachide, de cacao et de bois.
Le groupe Bolloré rachète ces activités au groupe Suez en 1986. S’ensuit une décennie d’assemblage : Delmas, armement spécialisé sur l’Afrique, en 1991 ; la fusion de Delmas et de SCAC/SOCOPAO en 1993, qui donne naissance à SDV ; puis le rachat de SAGA France en 1998.
1986 : la naissance de la société ivoirienne
C’est la même année 1986 que naît l’entité qui nous occupe : une filiale ivoirienne du groupe SDV, spécialisée dans le transit, la consignation et la manutention au port d’Abidjan.
Retenez ces trois mots. Transit, consignation, manutention. Quarante ans plus tard, ce sont encore les trois métiers de la société, et c’est ce qui explique la stabilité remarquable de son chiffre d’affaires : 88,7 milliards en 2021, 92,0 milliards en 2025. Quatre exercices, moins de 1 % de croissance annuelle moyenne. Peu d’entreprises cotées à Abidjan présentent une ligne aussi plate.
16 septembre 1998 : l’entrée à la BRVM
La société est introduite à la Bourse régionale des valeurs mobilières le 16 septembre 1998, au compartiment Transport, sous le code SDSC, les initiales de SDV Côte d’Ivoire.
Vingt-huit ans plus tard, ces quatre lettres sont toujours celles du carnet d’ordres. L’investisseur qui achète « AGL » passe encore son ordre sur un ticker qui désigne une société disparue depuis 2009. C’est un détail, mais il dit bien la nature du dossier : sous les enseignes successives, l’objet coté n’a pas bougé.
Dès l’origine, le flottant est minoritaire. Il s’établit aujourd’hui à 25,01 %, le groupe AGL France détenant 74,80 %.
2017 : la division du nominal
Un épisode passe souvent inaperçu et fausse toutes les comparaisons historiques : en 2017, le capital est fractionné. Le nombre de titres est porté à 54 435 300 pour un nominal ramené à 200 francs.
Mécaniquement, le dividende par action tombe de 8 977 F à 182 F. Aucun actionnaire n’y a perdu un centime, puisqu’il détenait cinquante fois plus de titres. Mais toute série de dividendes par action antérieure à 2017 est incomparable à celles qui suivent, et c’est une source d’erreur fréquente dans les analyses que l’on lit sur ce titre.
2009-2013 : du transitaire au concessionnaire
Jusqu’au tournant des années 2000, l’entreprise organise des flux sans posséder l’infrastructure. Cela change avec les terminaux à conteneurs, et c’est le changement de nature le plus important de son histoire.
Le premier terminal à conteneurs
La concession du terminal à conteneurs de Vridi est signée avec le Port autonome d’Abidjan le 23 octobre 2003 et entre en vigueur le 1er mars 2004. L’objectif de l’État est de confier à une structure unique des opérations jusque-là éclatées.
C’est l’origine d’Abidjan Terminal : 33 hectares, une capacité statique de 23 000 conteneurs, 5 portiques de quai et 20 portiques de parc. En 2009, année où la société ivoirienne prend le nom de Bolloré Africa Logistics Côte d’Ivoire, le groupe consolide son réseau portuaire africain et son contrôle sur le premier terminal d’Abidjan.
2013 : le TC2, et la controverse du « super-monopole »
Le 23 mars 2013, le Port autonome d’Abidjan annonce que le consortium formé d’APM Terminals, groupe Maersk, de Bolloré Africa Logistics et de Bouygues Travaux Publics a remporté la concession du deuxième terminal à conteneurs.
L’attribution provoque immédiatement une crise. L’appel d’offres visait explicitement à introduire de la concurrence au port d’Abidjan, et il aboutit à confier le second terminal à l’opérateur du premier. Le ministre du Commerce Jean-Louis Billon conteste publiquement la décision, dans une formule restée célèbre :
L’idée initiale était d’ouvrir le port d’Abidjan à la concurrence, et on se retrouve avec un super-monopole multiplié par deux.
L’opérateur philippin ICTSI, concurrent évincé, saisit l’UEMOA. Le ministre indique que la justice est saisie. La procédure n’aboutira pas : le 24 juin 2013, Bolloré annonce avoir finalisé la négociation de la concession.
Cet épisode mérite d’être rappelé, parce qu’il pose une question qui n’a jamais été tranchée et qui reste d’actualité : le port d’Abidjan a-t-il deux terminaux à conteneurs, ou un seul opérateur avec deux quais ? Elle rejoint une interrogation plus large sur le contrôle des infrastructures ivoiriennes.
Décembre 2022 : MSC, et le changement de nature
5,7 milliards d’euros
Le 31 mars 2022, le groupe Bolloré confirme la cession de Bolloré Africa Logistics à MSC, armateur italo-suisse devenu premier transporteur mondial de conteneurs, pour 5,7 milliards d’euros. L’opération est finalisée le 21 décembre 2022, mettant fin à trente-six ans de présence du groupe Bolloré sur le continent.
Le même mois, le 2 décembre 2022, le deuxième terminal à conteneurs est inauguré.
| Le TC2 en chiffres | |
|---|---|
| Investissement total | 596 milliards FCFA |
| dont Port autonome d’Abidjan, terrassements et infrastructures | 334 milliards |
| dont concessionnaire, superstructures et équipements | 262 milliards |
| Surface | 37,5 hectares |
| Tirant d’eau | 16 mètres |
| Capacité | plus de 1,5 million d’EVP par an |
| Équipements | 6 portiques de quai, 13 portiques de parc, 36 tracteurs électriques |
| Emplois permanents | environ 450 |
Exploité par Côte d’Ivoire Terminal, le TC2 a franchi le cap du million de conteneurs EVP manutentionnés depuis le démarrage de ses opérations en novembre 2022, sur 594 jours d’exploitation et 440 navires traités.
En avril 2023, la société ivoirienne adopte la dénomination Africa Global Logistics Côte d’Ivoire.
- Bolloré était un conglomérat diversifié pour qui la logistique africaine était une activité parmi d’autres.
- MSC est un armateur : son métier est de remplir des navires.
- Depuis décembre 2022, la société cotée à Abidjan appartient donc indirectement à un client naturel de ses propres terminaux. C’est une configuration nouvelle dans son histoire.
Attention au périmètre : ce que « AGL Côte d’Ivoire » désigne réellement
C’est le point que la presse confond le plus souvent, et il commande toute lecture des comptes.
Quand un Abidjanais dit « AGL », il pense à un ensemble : les terminaux, les entrepôts, le rail, les camions. Mais la société cotée sous le code SDSC n’est pas cet ensemble. C’est l’entité historique issue de SDV. Autour d’elle gravitent des sociétés distinctes, avec leurs propres actionnaires.
| Entité | Ce qu’elle exploite | Structure |
|---|---|---|
| AGL Côte d’Ivoire (SDSC) | transit, consignation, logistique, entreposage | société cotée, AGL France 74,80 % |
| Abidjan Terminal | 1er terminal à conteneurs, Vridi | société commune AGL / APM Terminals |
| Côte d’Ivoire Terminal | 2e terminal à conteneurs, le TC2 | société commune AGL / APM Terminals |
| Sitarail | chemin de fer Abidjan-Ouagadougou, concession de 1995 | filiale du groupe AGL |
Cette distinction n’est pas un détail juridique. Elle explique une singularité comptable que nous détaillons plus bas : les participations ne sont pas consolidées dans les comptes sociaux de la société cotée. Elles n’y apparaissent que lorsqu’elles versent un dividende, et ce dividende est enregistré non pas en produit d’exploitation, mais en produit financier.
Ce qu’AGL pèse dans l’économie ivoirienne
Au-delà de la société cotée, le dispositif AGL en Côte d’Ivoire représente environ 2 500 collaborateurs sur 18 sites opérationnels, avec 133 000 m² de magasins et centres de groupage.
L’empreinte se concentre sur deux pôles :
- Abidjan, 101 000 m² d’installations et un aérohub doté de 3 800 m² de stockage à température ambiante et 2 200 m² de froid et de surgelé ;
- San-Pédro, 350 000 m² d’entrepôts au service des filières agricoles, au débouché du deuxième port cacaoyer du pays.
Cette implantation dit l’essentiel du rôle de l’entreprise. La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao, et le cacao ne rapporte de devises que s’il sort du pays. Entre la coopérative et le navire, il y a un entrepôt, un transitaire, une déclaration en douane et un conteneur. C’est ce maillon, invisible dans les statistiques d’exportation, que ces entreprises occupent.
Le rail complète le dispositif. Sitarail, concessionnaire depuis 1995 de la ligne Abidjan-Ouagadougou, exploite un axe de 1 260 kilomètres dont 852 ont fait l’objet d’un programme de réhabilitation chiffré à 262 milliards FCFA. C’est la seule liaison ferroviaire entre un port ivoirien et l’hinterland sahélien, un enjeu majeur alors qu’Abidjan, Lomé, Téma et Dakar se disputent le trafic de transit vers le Burkina Faso, le Mali et le Niger.
Dans le cadre du Plan national de développement 2026-2030, AGL a annoncé un programme d’investissement de 800 milliards FCFA en Côte d’Ivoire.
La frise en une page
Cinq exercices, et une ligne qui saute aux yeux
| En milliards de FCFA | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 88,72 | 87,00 | 82,62 | 85,64 | 92,00 |
| Excédent brut d’exploitation | 10,19 | 7,29 | 7,03 | 4,59 | 4,26 |
| Résultat d’exploitation | 4,29 | 0,72 | 0,55 | 0,94 | −2,27 |
| Résultat financier | 12,08 | 12,69 | 18,07 | 20,87 | 7,08 |
| Résultat net | 13,94 | 10,04 | 17,14 | 21,07 | 0,78 |
| Dividende par action (F) | 130 | n/d | 92 | 92 | 92 * |
* Distribution proposée à l’assemblée générale mixte du 2 septembre 2026. Comptes sociaux SYSCOHADA révisé, montants publiés. Le dividende par action 2022 n’a pas été reproduit dans la publication comparative.
La ligne à regarder n’est pas celle du chiffre d’affaires, remarquablement stable. C’est celle du résultat d’exploitation.
Sur cinq exercices, le métier propre de l’entreprise, transit, consignation et manutention, n’a jamais dégagé plus de 4,3 milliards de résultat, et il devient déficitaire de 2,27 milliards en 2025. Pendant ce temps, le résultat financier oscille entre 7 et 21 milliards.
Autrement dit : ce n’est pas l’exploitation qui fait le bénéfice de cette société. Ce sont les dividendes que lui versent ses participations, à commencer par Abidjan Terminal, comptabilisés en produits financiers parce que ces sociétés ne sont pas consolidées dans les comptes sociaux.
C’est une architecture parfaitement légale et assez courante. Elle a une conséquence pratique : les ratios habituels, marge d’exploitation et rentabilité économique, ne décrivent pas cette entreprise. Il faut changer d’outil pour la lire.
Trois défis pour les prochaines années
Une exploitation qui se dégrade depuis quatre ans
L’excédent brut d’exploitation est passé de 10,19 milliards en 2021 à 4,26 milliards en 2025, alors que le chiffre d’affaires progressait. Ce n’est pas un accident d’exercice : c’est une tendance de quatre ans, dont la cause principale est identifiable dans les comptes publiés.
Mai 2024 : le retrait de la notation
En mai 2024, la notation financière de l’émetteur est retirée. La société n’est plus notée. Pour un investisseur, obligataire comme actionnaire, c’est une information en moins, et un signal de transparence moindre dans un dossier qui en manque déjà par ailleurs : les états provisoires 2025 ne comportent aucune note explicative sur les mouvements les plus importants de l’exercice.
Les échéances de concession
Une entreprise de concessions vit sous contrat à durée déterminée. Terminal, chemin de fer, entrepôts sous douane : chaque échéance est un moment de négociation avec l’État, et une source d’incertitude que le bilan ne montre pas.
Questions fréquentes
AGL Côte d’Ivoire, c’était quoi avant ?
Bolloré Africa Logistics Côte d’Ivoire de 2009 à avril 2023, et SDV-SAGA Côte d’Ivoire avant cela. L’entité ivoirienne a été créée en 1986 comme filiale du groupe SDV. Les racines du métier remontent aux commissionnaires SCAC et SOCOPAO, actifs depuis 1927.
Qui a racheté Bolloré Africa Logistics ?
Le groupe MSC, armateur italo-suisse et premier transporteur mondial de conteneurs. L’accord a été confirmé le 31 mars 2022 pour 5,7 milliards d’euros et finalisé le 21 décembre 2022.
Qui gère le terminal à conteneurs du port d’Abidjan ?
Il y en a deux. Le premier, à Vridi, est exploité par Abidjan Terminal depuis 2004. Le second, le TC2 inauguré en décembre 2022, est exploité par Côte d’Ivoire Terminal. Les deux sociétés associent AGL et APM Terminals, la filiale portuaire du groupe Maersk.
Pourquoi l’attribution du deuxième terminal a-t-elle fait polémique ?
Parce que l’appel d’offres de 2013 visait à introduire de la concurrence au port d’Abidjan et qu’il a abouti à confier le second terminal à l’opérateur du premier. Le ministre du Commerce Jean-Louis Billon a parlé d’un « super-monopole multiplié par deux », et l’opérateur philippin ICTSI a saisi l’UEMOA. La concession a néanmoins été signée en juin 2013.
Combien a coûté le deuxième terminal à conteneurs d’Abidjan ?
596 milliards FCFA au total : 334 milliards pour les terrassements et infrastructures financés par le Port autonome d’Abidjan, et 262 milliards pour les superstructures et équipements financés par le concessionnaire.
Quel est le code boursier d’AGL Côte d’Ivoire ?
SDSC, à la BRVM depuis le 16 septembre 1998. Le code est l’héritage du nom SDV, porté par la société jusqu’en 2009.
Quel dividende AGL Côte d’Ivoire verse-t-elle ?
92 FCFA brut par action, soit 5,008 milliards FCFA au total, montant reconduit au titre des exercices 2023 et 2024 et proposé au titre de 2025 à l’assemblée générale du 2 septembre 2026. Après l’impôt sur le revenu des valeurs mobilières de 12 %, cela représente 80,96 FCFA net par action.
Qui détient AGL Côte d’Ivoire ?
Africa Global Logistics (France) détient 74,80 % du capital. Le flottant coté à la BRVM représente 25,01 %, soit l’un des flottants les plus larges parmi les valeurs ivoiriennes de cette taille.
Poursuivre l’analyse
Cet article raconte d’où vient AGL Côte d’Ivoire et ce qu’elle fait. Il ne dit pas ce que vaut son action.
C’est l’objet de notre note de recherche, construite à partir des états financiers déposés à la BRVM et des comptes consolidés IFRS, avec une piste d’audit poste par poste. Elle part d’une divergence que le communiqué annuel n’explique pas : en 2025, le chiffre d’affaires atteint son plus haut niveau en cinq ans, le résultat net recule de 96 %, et le cours de l’action progresse de 81 %.
La note traite les trois questions qui en découlent. Ce que valent réellement les participations portuaires, à partir des seuls comptes consolidés jamais publiés par la société. Ce que signifie une variation de bilan de 79 milliards apparue en 2025 sans aucune note explicative. Et ce qu’implique, pour un actionnaire minoritaire, le fait que la société soit contrôlée depuis 2022 par un armateur qui est aussi le client de ses terminaux.
Elle conclut par une recommandation et une juste valeur, obtenues par quatre méthodes convergentes.
Consulter la note de recherche AGL Côte d’Ivoire (SDSC) →
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Sources
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- Africa Global Logistics Côte d’Ivoire — comptes consolidés IFRS 2021 et 2022, rapport des commissaires aux comptes du 6 novembre 2023
- BRVM — Africa Global Logistics Côte d’Ivoire, fiche émetteur
- Actu-Transport-Logistique — Bolloré Africa Logistics devient Africa Global Logistics
- Jeune Afrique — Port d’Abidjan : un ministre remet en cause l’attribution à Bolloré
- Agence Ecofin — Des experts dénoncent l’attribution du deuxième terminal à conteneurs d’Abidjan
- Côte d’Ivoire Terminal — À propos
- Ministère des Transports — Le nouveau terminal à conteneurs inauguré
- Abidjan.net — Inauguration du deuxième terminal, investissement de 596 milliards FCFA
- AGL — Côte d’Ivoire, hub logistique et portuaire
- SSATP — La concession du chemin de fer Abidjan-Ouagadougou