Moov Africa Burkina Faso en bref
| Création | 1987, par scission de l’Office des Postes et Télécommunications |
|---|---|
| Société d’État | 1994 |
| Privatisation | 29 décembre 2006 : Maroc Telecom acquiert 51 % pour 144 Md FCFA |
| Cotation | BRVM depuis le 30 avril 2009, code ONTBF · ISIN BF0000000117 |
| Marque Moov Africa | depuis le 1er janvier 2021 |
| Actions | 68 000 000 · capital 34 Md FCFA · nominal 500 F après deux fractionnements |
| Actionnariat | Maroc Telecom 61 % · État burkinabè 20 % · flottant 13 % · personnel 6 % |
| Siège et direction | Ouagadougou · Mohamed Karim, directeur général |
| Parc mobile | 12,51 millions de clients actifs au 31 mars 2026 · 43,8 % du marché |
| Effectif | 584 salariés en 2024, premier employeur du secteur burkinabè |
| Chiffre d’affaires 2025 | 146,2 Md FCFA |
| Résultat net 2025 | 15,9 Md FCFA |
| Capitalisation | 198,6 Md FCFA à 2 920 F l’action |
1987-2006 : quand le téléphone était un office public
La scission de 1987
Comme dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest, le téléphone burkinabè naît dans l’administration postale. En 1987, l’Office des Postes et Télécommunications est scindé : les télécommunications deviennent l’Office National des Télécommunications, l’ONATEL.
L’établissement est transformé en société d’État en 1994, une étape juridique qui lui donne un bilan, un compte de résultat et un conseil d’administration.
Ce que cet héritage a laissé
Trois traits durables, qui expliquent encore la situation actuelle de l’entreprise.
Elle détient d’abord l’infrastructure fixe héritée du monopole : le cuivre, les fourreaux, les liaisons interurbaines. C’est ce qui lui donne aujourd’hui encore une position particulière sur l’internet fixe et les liaisons d’entreprise.
Elle porte ensuite une base de coûts d’opérateur historique. En 2024, Moov Africa employait 584 personnes, contre 386 chez Orange Burkina Faso et 216 chez Telecel Faso, soit 51 % de personnel de plus que son principal concurrent, pour un parc légèrement inférieur.
Elle a enfin conservé, longtemps, une rente de position que la concurrence a progressivement érodée.
29 décembre 2006 : la première vente
Le 29 décembre 2006, à l’issue d’un appel d’offres international, l’État burkinabè cède 51 % du capital de l’ONATEL à Maroc Telecom pour 144 milliards de FCFA.
La répartition qui en résulte est la suivante : Maroc Telecom 51 %, État burkinabè 23 %, actionnariat public 20 %, personnel 6 %.
Ce schéma est classique dans la région : un opérateur international apporte capital, savoir-faire technique et centrale d’achats ; l’État conserve une minorité de blocage et une présence au conseil ; une part est réservée au public et aux salariés.
30 avril 2009 : la première société burkinabè en Bourse
L’ouverture au public promise en 2006 se concrétise le 30 avril 2009. L’ONATEL est introduite à la Bourse régionale des valeurs mobilières sous le code ONTBF. C’est une date historique : c’est la première entreprise burkinabè à être cotée.
L’offre publique de vente est proposée à 42 000 FCFA l’action pour les souscripteurs burkinabè et 45 000 FCFA pour les étrangers et les institutionnels. La première cotation s’établit à 47 900 FCFA. L’État en attendait entre 25 et 30 milliards.
2018 : la seconde vente
Le 17 avril 2018, Maroc Telecom acquiert sur le marché 10 % supplémentaires du capital : 3 400 000 titres à 8 000 FCFA, soit 27,2 milliards de FCFA. Le groupe marocain passe ainsi de 51 % à 61 %.
L’opération avait été précédée de débats publics au Burkina Faso sur la cession d’un actif stratégique. Elle porte à 61 % le contrôle d’un opérateur étranger sur l’infrastructure télécom historique du pays, l’État conservant 20 %. Ce mouvement s’inscrit dans une recomposition régionale du capital que nous avons mesurée, pour la Côte d’Ivoire, dans notre article sur à qui appartient vraiment l’économie ivoirienne.
- L’action ONTBF a été fractionnée deux fois. Une première fois en 2013, dans un rapport de un pour dix : le nominal passe de 10 000 à 1 000 francs.
- Une seconde fois le 29 août 2018, dans un rapport de un pour deux : le nominal passe de 1 000 à 500 francs et le nombre de titres de 34 à 68 millions.
- Toute comparaison avec un cours antérieur à ces dates doit être retraitée, faute de quoi elle est fausse d’un facteur vingt.
Ce que ces prix valent aujourd’hui
Une fois les deux fractionnements pris en compte, la comparaison devient lisible.
| Opération | Prix affiché à l’époque | Équivalent en base actuelle | Cours au 5 sept. 2026 | Écart |
|---|---|---|---|---|
| OPV du 30 avril 2009 | 42 000 F | 2 100 F | 2 920 F | +39,0 % |
| Première cotation, 30 avril 2009 | 47 900 F | 2 395 F | 2 920 F | +21,9 % |
| Cession à Maroc Telecom, 17 avril 2018 | 8 000 F | 4 000 F | 2 920 F | −27,0 % |
Le fractionnement du 29 août 2018 étant postérieur à la cession du 17 avril, le prix de 8 000 F correspond bien à 4 000 F en base actuelle.
Deux enseignements, opposés.
Le souscripteur burkinabè de 2009 a gagné 39 % sur son capital en dix-sept ans, soit environ 1,9 % par an. C’est peu. Mais il a encaissé un dividende chaque année, et l’entreprise a longtemps distribué la totalité de son bénéfice. Pour cet actionnaire, le dividende n’a pas été un complément de rendement : il a été la totalité du rendement. C’est exactement la mécanique que nous décrivions dans notre article sur vivre de ses dividendes, appliquée ici à un titre qui ne monte pas.
Maroc Telecom, en revanche, a payé ses 10 % supplémentaires 4 000 francs par action et les détient aujourd’hui à 2 920. Huit ans plus tard, l’acheteur est en moins-value de 27 % sur cette tranche, hors dividendes.
1er janvier 2021 : ONATEL devient Moov Africa
Le 1er janvier 2021, l’entreprise commercialise l’ensemble de ses services sous la marque Moov Africa, dans le cadre de l’harmonisation des filiales africaines de Maroc Telecom.
La nuance mérite d’être posée, car elle est source de confusion : la société cotée s’appelle toujours ONATEL-SA. C’est sous ce nom qu’elle dépose ses états financiers et sous le code ONTBF qu’elle se traite. Moov Africa est la marque commerciale.
Ce que Moov Africa pèse au Burkina Faso
Un marché saturé, disputé par trois acteurs
Le Burkina Faso compte plus de 27 millions de cartes SIM actives pour environ 24,6 millions d’habitants, soit un taux de pénétration supérieur à 115 %. Le marché est saturé en volume : la croissance ne peut plus venir du recrutement d’abonnés, seulement de l’usage. C’est le même basculement que celui décrit chez SONATEL, l’autre opérateur historique coté de la région.
| Opérateur | Abonnés mobiles | Part de marché | Internet mobile |
|---|---|---|---|
| Orange Burkina Faso | 12,6 M | 46,02 % | 51,05 % |
| Moov Africa | ~12 M | 43,79 % | 39,47 % |
| Telecel Faso | n/d | 10,18 % | n/d |
Parts de marché au 31 décembre 2024. Source : ARCEP Burkina Faso, observatoire des marchés.
L’écart avec Orange n’est que de 2,2 points en volume. Il est en revanche de près de 12 points sur l’internet mobile, c’est-à-dire précisément sur le segment où se forme la croissance du secteur.
Un fait réglementaire mérite d’être noté : en mai puis juin 2025, l’ARCEP a désigné Orange Burkina Faso opérateur dominant sur le marché de détail des services mobiles nationaux, et lui a imposé des obligations de transparence puis de non-discrimination. C’est le premier acte de régulation asymétrique du marché burkinabè.
975 francs par mois et par client
Le chiffre le plus parlant du dossier n’est ni le chiffre d’affaires ni le résultat. C’est le revenu moyen par client.
Rapporté au parc mobile actif de 12,51 millions de clients, le chiffre d’affaires 2025 correspond à environ 11 700 FCFA par client et par an, soit 975 francs par mois, moins de deux dollars.
Dans un pays dont le produit intérieur brut par habitant s’établit autour de 1 319 dollars, ce niveau dit l’essentiel du modèle. La croissance ne peut pas venir d’une hausse de prix. Elle ne peut venir que du volume d’usage et de la monétisation de la data. Le contraste avec Orange Côte d’Ivoire, qui opère sur un marché au pouvoir d’achat très supérieur, se lit d’abord ici.
Le modèle est d’ailleurs prépayé à plus de 95 % : les clients paient avant de consommer, et l’entreprise porte à son passif un stock considérable de crédits non consommés.
Un chiffre d’affaires devenu presque entièrement de service
Sur les 146,2 milliards de chiffre d’affaires 2025, 141,7 milliards, soit 97,0 %, proviennent de la ligne « travaux et services vendus », c’est-à-dire du cœur télécom. Les produits accessoires apportent 4,1 milliards, et la vente de terminaux et de marchandises 0,3 milliard seulement, contre 1,1 milliard en 2021.
L’entreprise a de fait abandonné la distribution d’équipements : les ventes de marchandises ont été divisées par 3,3 en quatre ans.
La frise en une page
Cinq exercices en un tableau
| En milliards de FCFA | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 154,9 | 145,6 | 139,2 | 141,8 | 146,2 |
| Valeur ajoutée | 98,3 | 84,6 | 81,5 | 80,2 | 73,6 |
| Excédent brut d’exploitation | 79,9 | 68,6 | 64,8 | 64,2 | 56,7 |
| Résultat d’exploitation | 48,6 | 35,7 | 33,3 | 33,6 | 25,7 |
| Résultat net | 32,4 | 22,4 | 21,1 | 21,5 | 15,9 |
| Capitaux propres | 73,2 | 63,2 | 61,9 | 62,6 | 57,5 |
| Investissements | 22,8 | 39,9 | 38,3 | 41,1 | 44,5 |
| Résultat net par action (F) | 476,1 | 329,0 | 310,7 | 315,8 | 233,6 |
Comptes sociaux SYSCOHADA révisé, montants publiés. Source : états financiers ONATEL-SA 2021 à 2025.
Deux lignes se lisent ensemble, et elles racontent toute la période.
Le chiffre d’affaires est presque stable : 154,9 milliards en 2021, 146,2 en 2025, avec un creux à 139,2 en 2023 puis deux exercices de reprise.
Le résultat, lui, a été divisé par deux. Le bénéfice net passe de 32,4 à 15,9 milliards, le résultat d’exploitation de 48,6 à 25,7.
Ce n’est donc pas un problème de ventes. C’est un problème de coûts.
Dans le même temps, l’investissement a doublé : de 22,8 à 44,5 milliards, soit de 14,7 % à 30,5 % du chiffre d’affaires. L’entreprise dépense deux fois plus pour maintenir des ventes équivalentes.
Trois défis pour les prochaines années
L’énergie et la sécurité
C’est la cause principale, et elle est identifiable ligne à ligne. Les services extérieurs, qui regroupent l’énergie des sites, la maintenance du réseau, les locations de capacité et le gardiennage, sont passés de 20,0 % à 27,2 % du chiffre d’affaires entre 2021 et 2025, soit près de 8,8 milliards de charges supplémentaires.
Cette dérive est cohérente avec deux réalités burkinabè : le renchérissement de l’énergie qui alimente les sites radio, et un contexte sécuritaire qui renchérit le gardiennage, la maintenance et l’alimentation de secours en zone rurale. La crise sécuritaire ne figure dans aucune ligne des comptes, mais elle s’y lit là.
À l’inverse, la masse salariale n’est pas en cause : les charges de personnel restent contenues à 11,5 % du chiffre d’affaires.
La bataille de la data
C’est le signal le plus préoccupant du premier trimestre 2026. Le parc mobile progresse de 3,2 %, mais le parc internet recule de 21,8 %, de 7,75 à 6,06 millions d’utilisateurs.
Deux lectures sont possibles : un changement de définition du client internet actif, ou une véritable perte d’utilisateurs data. La société ne commente pas cette variation. Or c’est sur ce segment qu’Orange détient déjà plus de la moitié du marché.
La question de la souveraineté
Le débat public burkinabè sur le contrôle des infrastructures critiques inclut ouvertement le cas de Moov Africa, détenue à 61 % par un actionnaire étranger. Un mouvement de l’État visant à remonter au capital constituerait un événement majeur pour le titre, dans un sens ou dans l’autre selon ses modalités.
Un signe de l’imbrication entre l’entreprise et l’État figure d’ailleurs dans l’affectation du résultat 2025 : 2 % du bénéfice net, soit 317,7 millions de francs, sont prélevés au titre du Fonds de Soutien Patriotique.
Questions fréquentes
ONATEL, c’est devenu quoi ?
Rien n’a changé juridiquement. La société s’appelle toujours ONATEL-SA et dépose ses états financiers sous ce nom. Depuis le 1er janvier 2021, elle commercialise ses services sous la marque Moov Africa, dans le cadre de l’harmonisation des filiales africaines de Maroc Telecom.
Qui est le propriétaire de Moov Africa Burkina Faso ?
Maroc Telecom détient 61 % du capital, l’État burkinabè 20 %, le flottant coté à la BRVM 13 % et le personnel 6 %. Le conseil d’administration compte neuf membres, dont cinq désignés par Maroc Telecom et quatre par l’État, qui en assure la présidence.
Combien l’État a-t-il vendu l’ONATEL ?
En deux fois. Le 29 décembre 2006, 51 % du capital ont été cédés à Maroc Telecom pour 144 milliards de FCFA à l’issue d’un appel d’offres international. Le 17 avril 2018, 10 % supplémentaires ont été cédés sur le marché, pour 27,2 milliards : 3 400 000 titres à 8 000 francs.
Quand ONATEL est-elle entrée en Bourse ?
Le 30 avril 2009, à la BRVM, sous le code ONTBF. Ce fut la première société burkinabè cotée en Bourse. L’offre publique était proposée à 42 000 FCFA pour les souscripteurs burkinabè, et la première cotation s’est établie à 47 900 FCFA.
Combien y a-t-il d’actions Moov Africa Burkina Faso ?
68 000 000 actions d’une valeur nominale de 500 FCFA, pour un capital social de 34 milliards. Ce nombre résulte de deux fractionnements : un pour dix en 2013, puis un pour deux le 29 août 2018.
Combien d’abonnés compte Moov Africa au Burkina Faso ?
12,51 millions de clients mobiles actifs au 31 mars 2026, en hausse de 3,2 % sur un an, soit 43,79 % du marché national à fin 2024. Orange Burkina Faso reste premier avec 46,02 %, devant Telecel Faso à 10,18 %.
Quel dividende Moov Africa Burkina Faso a-t-elle versé au titre de 2025 ?
166,08 FCFA brut par action, soit 145,32 FCFA net après l’impôt burkinabè sur les revenus des capitaux mobiliers de 12,5 %. La mise en paiement est intervenue à compter du 15 juin 2026. Le dividende représente 71 % du bénéfice de l’exercice.
Qui dirige Moov Africa Burkina Faso ?
Mohamed Karim en est le directeur général. Le siège social est à Ouagadougou. L’entreprise employait 584 personnes en 2024, ce qui en fait le premier employeur du secteur télécom burkinabè.
Poursuivre l’analyse
Cet article raconte d’où vient Moov Africa Burkina Faso et ce qu’elle pèse. Il ne dit pas ce que vaut son action à 2 920 francs.
C’est l’objet de notre note de recherche, construite à partir des états financiers déposés pour les exercices 2021 à 2025 et du rapport du premier trimestre 2026. Les quarante-cinq identités arithmétiques du modèle SYSCOHADA y ont été vérifiées au franc près sur les cinq exercices ; quarante-trois se vérifient exactement, et les deux exceptions sont documentées.
Elle part d’une divergence : le bénéfice a reculé de 51 % en quatre ans, et le titre a gagné 27 % sur douze mois. Le rapport reconstitue le passage du résultat d’exploitation 2024 à celui de 2025 poste par poste, et montre où sont passés les 7,9 milliards perdus, en corrigeant au passage une erreur de lecture fréquente sur l’exercice 2024.
Il examine également la couverture réelle du dividende par les flux de trésorerie, la tension de la structure de bilan, et six signaux comptables à surveiller. Il aboutit à un objectif de cours obtenu par quatre méthodes et à une recommandation à 12-18 mois.
Consulter la note de recherche Moov Africa Burkina Faso (ONTBF) →
Sources
- ONATEL-SA — états financiers des exercices 2021 à 2025, rapport de gestion 2025 et rapport d’activités du 1er trimestre 2026
- ARCEP Burkina Faso — observatoire des marchés des communications électroniques, données au 31 décembre 2024
- BRVM — ONATEL BF, fiche émetteur
- Maroc Telecom — Onatel Burkina Faso
- leFaso.net — Privatisation de l’ONATEL : Maroc Telecom, repreneur majoritaire avec 51 %
- leFaso.net — L’ONATEL SA ou enfin une société burkinabè cotée en bourse
- allAfrica — Offre publique de vente des actions Onatel
- CGF Bourse — Fractionnement des actions de ONATEL BF le 29 août 2018
- Financial Afrik — L’Onatel BF fait recours au split
- Wikipédia — Moov Africa Burkina Faso
- Fonds monétaire international — consultations au titre de l’article IV, Burkina Faso, juin 2026