Ce qui s’est passé en trois semaines
| Date | Composite | Capitalisation des actions |
|---|---|---|
| 31 décembre 2024 | 276,02 | 10 078,7 Md |
| 31 décembre 2025 | 345,75 | 13 330,7 Md |
| 3 septembre 2026 | premier franchissement des 21 000 Md | |
| 11 septembre 2026 | 555,48, record | 21 420,1 Md |
| 23 septembre 2026 | 516,29 (−3,66 % en une séance) | 19 908,8 Md (−756,1 Md) |
| 24 septembre 2026 | 531,63 (+2,97 %) | 20 847,9 Md |
Sources : bulletins officiels de la BRVM et relevés de séance de la presse financière régionale.
Du record du 11 septembre au point bas du 23, le marché a perdu 7,1 %, soit 1 511 milliards FCFA de valeur. Il reste néanmoins en hausse de près de 54 % depuis le 1er janvier.
Le mouvement n’a rien eu de graduel : trois séances de baisse ininterrompue du 15 au 17 septembre, puis deux séances brutales les 22 et 23, avant un rebond de 2,97 % le 24. Le 23 septembre, l’indice du compartiment principal, qui regroupe les valeurs les plus petites, a reculé de 5,20 %, deux fois plus que le compartiment Prestige. C’est la signature d’une sortie précipitée : on vend d’abord ce qui est le moins liquide.
Un piège à éviter dans la lecture des chiffres
Le 24 septembre, la capitalisation a bondi de 939 milliards. Ce chiffre a circulé comme la preuve d’un retournement. Il est exact, mais il mélange deux choses.
Ce jour-là, Bridge Bank a fait son entrée à la cote. Au cours de clôture de sa première séance, elle pesait à elle seule environ 363 milliards, qui se sont ajoutés au total sans qu’aucun cours ne monte. La hausse réellement due aux cours est donc d’environ 576 milliards, ce qui correspond bien aux 2,97 % gagnés par l’indice sur un marché de 19 909 milliards.
Une capitalisation qui augmente parce qu’une société s’ajoute n’est pas une plus-value. C’est la raison pour laquelle nous suivons l’indice, et pas la capitalisation, pour mesurer une performance.
Calcul Ridwan Abdou : 50 millions d’actions Bridge Bank, déduites de l’offre publique, au cours de clôture du 24 septembre.
Ce que le prix dit aujourd’hui
Voici les trois chiffres qui comptent, tous extraits des bulletins officiels de la BRVM, à vingt mois d’intervalle.
| Indicateur publié par la BRVM | 31 décembre 2024 | 4 septembre 2026 |
|---|---|---|
| PER moyen du marché | 10,92 | 18,24 |
| Taux de rendement moyen | 8,97 % | 5,65 % |
| Prime de risque du marché | +3,41 | −0,27 |
| Taux de rotation moyen | 0,06 | 0,10 |
| Valeur moyenne échangée par séance | 1,78 Md | 2,80 Md |
Lecture, ligne par ligne.
Le marché paie désormais 18,2 fois les bénéfices, contre moins de 11 fois fin 2024. Les bénéfices des sociétés cotées ont progressé, mais pas dans cette proportion : l’essentiel de la hausse des cours est une revalorisation, c’est-à-dire un changement d’avis du marché sur ce qu’il accepte de payer pour un même franc de bénéfice.
Le rendement du dividende est passé de 8,97 % à 5,65 %. C’est mécanique : quand le cours double sans que le dividende double, le rendement baisse de moitié. Les sociétés cotées ont pourtant distribué un montant record, 803 milliards FCFA au titre de 2025 contre 678 milliards l’année précédente. Le dividende a monté, le prix a monté plus vite.
La prime de risque publiée par la Bourse est devenue négative. La BRVM ne détaille pas sa méthode de calcul dans le bulletin, nous nous en tenons donc au constat : cet indicateur valait +3,41 fin 2024 et −0,27 le 4 septembre 2026.
Ce constat se vérifie par un autre chemin, complètement indépendant. Le 16 juin 2026, le Trésor ivoirien a emprunté sur le marché régional à 6,56 % sur trois ans et 7,07 % sur cinq ans. Autrement dit : un placement en obligations d’État rapporte aujourd’hui plus que le rendement moyen du marché actions, sans risque de cours.
Cela ne rend pas les actions inintéressantes : une action peut monter, une obligation ne le fait pas. Mais cela déplace entièrement le raisonnement. Acheter la BRVM aujourd’hui, ce n’est plus acheter du rendement, c’est parier sur la croissance des bénéfices. Ce sont deux métiers différents, et le second est beaucoup plus exigeant.
La liquidité, le vrai sujet de fond
Le taux de rotation du marché est passé de 0,06 à 0,10, et la valeur échangée par séance de 1,78 à 2,80 milliards. C’est une nette amélioration, et elle est réelle.
Elle reste pourtant très faible. Un taux de rotation de 0,10 signifie qu’une fraction minime du capital coté change de mains sur une année. Sur un marché de plus de 20 000 milliards, 2,8 milliards échangés par séance représentent environ 0,014 % de la valeur totale. La séance du 23 septembre en a montré la conséquence pratique : quand les vendeurs arrivent en même temps, il n’y a pas assez d’acheteurs en face, et les cours décrochent d’un coup, surtout sur les valeurs les plus petites.
C’est exactement ce que la BRVM elle-même avait identifié comme son test de maturité pour 2026.
Où la hausse s’est concentrée
Au 4 septembre, les performances sectorielles depuis le 1er janvier étaient les suivantes : services publics +169,4 %, industriels +81,3 %, services financiers +77,5 %, énergie +58,8 %, télécommunications +46,4 %, consommation de base +33,7 %, consommation discrétionnaire +24,9 %.
L’écart entre le premier et le dernier atteint 145 points. Parler de « la hausse de la BRVM » a donc peu de sens : selon les titres détenus, l’année 2026 ressemble à un doublement ou à une progression ordinaire. Les deux secteurs les plus performants sont aussi ceux qui comptent le moins de sociétés, donc les plus sensibles à de faibles volumes.
Les intitulés sectoriels ont changé début 2025, les performances par secteur ne sont pas comparables à celles d’avant cette date.
Ce que nous surveillons pour la suite
Les résultats du troisième trimestre, attendus en octobre et novembre. À 18,2 fois les bénéfices, le marché a déjà intégré une progression. Elle doit maintenant arriver.
Le rendement comparé aux obligations d’État. Si le Trésor continue d’emprunter autour de 7 % pendant que le rendement des actions reste sous 6 %, une partie de l’épargne institutionnelle a une raison mécanique de préférer l’obligataire.
La liquidité des petites valeurs. La baisse de 5,2 % du compartiment principal le 23 septembre est un avertissement pour tout épargnant qui détient une valeur peu échangée.
Le nombre de sociétés cotées. Avec Bridge Bank, la cote passe à 48. Chaque nouvelle introduction élargit le marché, absorbe une partie de l’épargne disponible, et améliore à terme la profondeur du carnet d’ordres.
Note de méthode
Chiffres officiels : tous les niveaux d’indices, les capitalisations, le PER moyen, le taux de rendement moyen, la prime de risque, le taux de rotation et la valeur moyenne échangée par séance proviennent des bulletins officiels de la cote de la BRVM des 31 décembre 2024 et 4 septembre 2026. Les taux d’emprunt du Trésor ivoirien proviennent de l’émission du 16 juin 2026 sur le marché régional des titres publics.
Relevés de séance rapportés par la presse financière régionale, recoupés entre deux sources quand c’était possible : les niveaux et variations des 8, 11, 15, 17, 23 et 24 septembre 2026, ainsi que le nombre de valeurs en hausse et en baisse.
Calculés par nos soins et signalés comme tels : la baisse de 7,1 % entre le 11 et le 23 septembre, la performance d’environ 54 % depuis le 1er janvier, la contribution de Bridge Bank à la capitalisation du 24 septembre, et le rapport entre la valeur échangée par séance et la capitalisation totale.
Signalé comme non documenté : la méthode de calcul de la prime de risque publiée par la BRVM, que le bulletin ne détaille pas. Nous rapportons son évolution, nous n’en tirons pas de conclusion mécanique.
Cet article ne contient aucune recommandation d’achat ou de vente. Il décrit un niveau de prix, pas une prévision.
Découvrir les notes de recherche →
Sources
- BRVM, Bulletin officiel de la cote du 4 septembre 2026
- BRVM, Bulletin officiel de la cote du 31 décembre 2024
- Le Jecos, Plongeon des indices phares de la bourse ce mercredi 23 septembre 2026
- Le Jecos, Les indices phares sortent la tête de l’eau ce jeudi 24 septembre 2026
- Le Jecos, Troisième journée de baisse ininterrompue des indices phares, 17 septembre 2026
- Le Jecos, La capitalisation franchit les 21 000 milliards, 3 septembre 2026
- Daba Finance, La BRVM atteint 555 points, semaine du 11 septembre 2026
- Sika Finance, 2025, année de tous les records à la BRVM
- Agence Ecofin, BRVM : valorisation record en 2025, la liquidité comme test de maturité en 2026
- BRVM, La BRVM accentue son dynamisme en ce début d’année (volumes de janvier 2026)
- AllAfrica, La Côte d’Ivoire lève 110 milliards FCFA sur le marché des titres publics, juin 2026