Un héritage d’État : la filière palmier des années 1960
Le palmier à huile est une plante d’Afrique de l’Ouest. Pendant des siècles, son huile a été produite à la main, à partir de palmeraies naturelles. La Côte d’Ivoire en a fait une industrie à partir des années 1960, lorsque l’État lance un vaste programme de plantations et d’huileries dans le sud du pays, de l’est d’Abidjan jusqu’au Bas-Cavally.
La société d’État qui finit par porter cette filière s’appelle PALMINDUSTRIE. Elle plante, usine et vend. Mais, comme les autres grandes sociétés agro-industrielles publiques de l’époque, elle supporte mal la chute des cours et les programmes d’ajustement des années 1980 et 1990.
1997 : la privatisation, et la naissance de PALM CI
Le 1er janvier 1997, PALM CI est créée pour reprendre une partie des unités agricoles intégrées de PALMINDUSTRIE. Le reste des actifs est cédé par lots à d’autres opérateurs, dont PalmAfrique et Sipef-CI. PALM CI rejoint le groupe SIFCA, premier groupe agro-industriel privé du pays, présent aussi dans le caoutchouc avec la SAPH et, à l’époque, dans le sucre avec Sucrivoire.
Le 18 octobre 1999, l’entreprise est introduite à la BRVM sous le code PALC.
Une entreprise organisée en huit unités
PALM CI fonctionne en unités agricoles intégrées : chacune réunit une plantation, une huilerie et les villages ouvriers qui en dépendent. Il y en a huit, dont la moitié se trouve à plus de 450 kilomètres d’Abidjan.
| Unité agricole | Zone | Distance d’Abidjan |
|---|---|---|
| Toumanguié | Est | 85 km |
| Irobo | Centre | 105 km |
| Ehania | Est | 140 km |
| Boubo | Centre | 220 km |
| Iboké | Bas-Cavally | 450 km |
| Blidouba | Bas-Cavally | 485 km |
| Gbapet | Bas-Cavally | 490 km |
| Néka | Bas-Cavally | 540 km |
Source : rapport annuel 2025 de PALM CI, repris dans la note de recherche Ridwan Abdou n°005.
L’huile des quatre unités du Bas-Cavally prend la route du terminal huilier de San-Pédro, autre maillon du groupe. Cette géographie a un prix : les transports ont coûté 6,5 milliards de francs en 2025.
2007-2018 : l’arrivée des négociants asiatiques
Le deuxième tournant de l’histoire se joue à Singapour. Fin 2007, deux géants mondiaux du négoce agricole, Wilmar et Olam, créent à parts égales une coentreprise, Nauvu Investments, pour investir en Afrique dans le palmier, l’hévéa et le sucre. Quelques mois plus tard, Nauvu investit près de 160 millions d’euros dans le groupe SIFCA. Elle prend environ 27 % de SIFCA, 25,5 % de PALM CI et un peu plus de la moitié de SANIA, la société de raffinage du groupe.
L’alliance change l’échelle de la filière. En juin 2010, SANIA met en service à Abidjan une raffinerie d’une capacité de 1 500 tonnes d’huile brute par jour. La même année, PALM CI signe avec elle une convention de vente de son huile brute. Depuis, son débouché est garanti.
En mars 2018, Olam cède sa moitié de Nauvu à Wilmar, pour un maximum de 148 millions de dollars. Nauvu, et donc le quart du capital de PALM CI, est désormais contrôlée par Wilmar seul.
Ce que fait PALM CI, de la plantation à la cuve
Le métier de PALM CI est la première transformation : faire de l’huile brute avec des régimes de palme frais, qui doivent être usinés dans les heures qui suivent la coupe. Les chiffres de 2025 donnent la mesure de l’outil.
- 38 523 hectares de plantations industrielles, le premier domaine du pays.
- 30 000 planteurs villageois environ, qui cultivent quelque 180 000 hectares et vendent leurs régimes à l’entreprise.
- Huit huileries, d’une capacité totale de 480 tonnes de régimes par heure, qui ont usiné 1,40 million de tonnes de régimes, dont une partie pour la SAPH en travail à façon.
- 289 608 tonnes d’huile de palme brute, 18 097 tonnes d’huile de palmiste et 21 800 tonnes de tourteaux.
- 8 202 salariés, des sites triplement certifiés ISO 9001, 14001 et 45001, et le Prix national d’excellence 2025.
Presque tout part chez un seul client. SANIA, filiale du même groupe, a acheté pour 171,6 milliards de francs d’huile en 2025, soit 87 % du chiffre d’affaires de PALM CI. Elle la raffine en huile de table vendue en Côte d’Ivoire et dans la région.
Deux prix qui lui échappent
Toute l’économie de PALM CI tient en deux prix, et l’entreprise n’en fixe aucun.
Le prix de vente est plafonné par l’État. Depuis décembre 2020, pour protéger le prix de l’huile de table, le prix de l’huile de palme brute est fixé par une autorité de régulation créée la même année, le Conseil Hévéa-Palmier à huile-Coco (CHPC). Il vaut 620 000 francs la tonne depuis février 2025. C’est un peu plus que le prix physique malaisien du moment, mais moins que la parité d’importation à Abidjan estimée dans notre note.
Le prix d’achat des régimes est libre, dans les faits. Le prix officiel est de 80 000 francs la tonne. Mais le pays compte trop d’huileries pour trop peu de régimes : face aux 480 tonnes par heure de PALM CI, les usines concurrentes totalisent environ 1 230 tonnes par heure, pour quelque 3 millions de tonnes de régimes disponibles chaque année. Une usine qui tourne à moitié a intérêt à surpayer chaque régime supplémentaire. Les concurrents paient donc 10 à 40 % au-dessus du prix officiel. Le régulateur a gelé toute nouvelle autorisation d’usine en 2025, mais les capacités étaient déjà construites.
Le conseil d’administration le reconnaît lui-même dans son rapport de 2025 :
Le palmiste, seule fenêtre sur le prix mondial
L’huile de palmiste, extraite de l’amande du fruit, échappe au plafond : elle se vend au cours international. En 2025, son prix a progressé de 43 %. Elle a rapporté 14,7 milliards de francs, soit 7,4 % des ventes. C’est peu, mais c’est la seule partie de l’activité qui profite d’une hausse des marchés mondiaux.
Un verger qui vieillit
Un palmier à huile atteint sa pleine production entre 7 et 15 ans, puis décline. Or plus de la moitié du domaine de PALM CI a dépassé cet âge.
La direction en tire elle-même la conclusion : la production des plantations industrielles baissera dans les cinq prochaines années. Elle a déjà reculé de 11 % en 2025, à 603 421 tonnes de régimes, sous l’effet de 3 431 hectares abattus pour être replantés. Un hectare replanté ne produit rien pendant trois à quatre ans.
La conséquence se lit dans l’origine des régimes : l’entreprise dépend de plus en plus des achats aux planteurs, précisément la ressource devenue la plus chère.
À plus long terme, l’entreprise a signé en 2025 des conventions pour deux agroforêts de plus de 100 000 hectares dans le Cavally et le Guémon, dans le cadre de la stratégie forestière de l’État. Elles pourraient, un jour, reconstituer un domaine productif. Pas avant de nombreuses années.
Onze ans de résultats : deux pertes, un super-cycle
L’histoire récente se lit en trois temps.
2018-2019 : les pertes. Deux exercices déficitaires, avec un chiffre d’affaires autour de 100 milliards de francs.
2021-2022 : le super-cycle. La flambée des cours mondiaux des huiles végétales porte le résultat à 42,5 milliards de francs en 2021 et 41,7 milliards en 2022. Le dividende net par action passe de 103 francs à 1 236 francs, et l’action gagne 211 % sur l’année 2021.
2023-2025 : le retour au plafond. Le chiffre d’affaires reste élevé, mais le ciseau entre prix plafonné et coût des régimes ramène le bénéfice autour de 15 à 16 milliards de francs.
| Md F CFA | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 195,7 | 232,7 | 206,2 | 172,2 | 197,6 |
| Excédent brut d’exploitation | 69,1 | 69,9 | 42,6 | 37,1 | 33,0 |
| Résultat d’exploitation | 56,7 | 56,7 | 28,5 | 19,4 | 18,2 |
| Résultat net | 42,5 | 41,7 | 19,4 | 15,9 | 15,5 |
| Dividende brut par action (F) | 1 374 | 1 348 | 626 | 513 | 502 |
Source : états financiers SYSCOHADA 2021-2025 et rapport annuel 2025 de PALM CI.
Une règle n’a pas varié : PALM CI distribue la moitié de son bénéfice, chaque année depuis 2021. Le dividende suit donc exactement le résultat, à la hausse comme à la baisse.
Le bilan, lui, reste solide : 0,8 milliard de dettes financières à long terme, une dette financière nette de 5,4 milliards fin 2025, et une note AA- attribuée par Bloomfield.
Vingt-neuf ans en onze dates
Ce qui se joue maintenant
Le prix plafond. C’est la variable qui pèse le plus, et la plus politique. L’inflation alimentaire de l’UEMOA, tirée par les huiles végétales, a atteint 9,8 % en juillet 2026 : relever le prix de l’huile brute renchérirait l’huile de table au moment où l’État cherche à la contenir.
Le coût des régimes. Tant que la surcapacité d’usinage demeure, la concurrence pour les régimes ne faiblira pas. La gouvernance de la filière est en transition : l’interprofession a été suspendue et confiée à un comité ad hoc.
Le client unique. Quand SANIA perd des parts de marché face à l’oléine importée, elle achète moins et paie plus tard. En 2024, les achats villageois de PALM CI ont chuté de 18 % et ses créances ont atteint 175 jours de chiffre d’affaires.
Le verger. Les jeunes plantations n’atteindront leur rendement de croisière qu’à partir de 2029-2030.
L’export. Les certifications et la préparation au règlement européen contre la déforestation ouvrent à PALM CI des marchés que la plupart des petites huileries n’atteignent pas. C’est le seul canal où elle vend au prix mondial, à condition qu’il dépasse le plafond local.
Questions fréquentes
Qui produit l’huile de palme en Côte d’Ivoire ?
Le premier producteur est PALM CI, filiale du groupe SIFCA, qui fournit environ la moitié de l’huile de palme brute du pays. D’autres plantations industrielles, comme SOGB, PalmAfrique ou Sipef-CI, et de nombreuses huileries indépendantes complètent la production, alimentées par quelque 30 000 planteurs villageois.
Quel est le prix de l’huile de palme brute en Côte d’Ivoire ?
Le prix est plafonné par l’État depuis décembre 2020. Il est fixé à 620 000 francs CFA la tonne depuis février 2025 par le Conseil Hévéa-Palmier à huile-Coco. Le prix officiel des régimes de palme est de 80 000 francs la tonne, mais les huileries paient souvent 10 à 40 % de plus.
À qui appartient PALM CI ?
Au groupe ivoirien SIFCA à 52,51 % et à Nauvu Investments à 25,50 %, une société contrôlée depuis 2018 par le négociant singapourien Wilmar. Les 21,99 % restants sont détenus par le public et s’échangent à la BRVM.
Combien d’hectares exploite PALM CI ?
38 523 hectares de plantations industrielles répartis en huit unités agricoles intégrées, de Toumanguié et Ehania à l’est jusqu’à Néka dans le Bas-Cavally. L’entreprise achète aussi les régimes d’environ 30 000 planteurs, qui cultivent quelque 180 000 hectares.
Depuis quand PALM CI est-elle cotée à la BRVM ?
Depuis le 18 octobre 1999, sous le code PALC. La société avait été créée le 1er janvier 1997, lors de la privatisation de la société d’État PALMINDUSTRIE.
Pourquoi le bénéfice de PALM CI a-t-il baissé depuis 2022 ?
Parce que l’entreprise vend son huile à un prix plafonné par l’État, alors que le prix des régimes qu’elle achète aux planteurs est poussé à la hausse par des huileries concurrentes en surcapacité. En 2025, le coût d’une tonne de régimes achetée a progressé de 36 %, le prix de l’huile de 18 %.
Qui achète l’huile de PALM CI ?
Essentiellement la raffinerie SANIA, filiale du même groupe, qui a acheté pour 171,6 milliards de francs d’huile en 2025, soit 87 % du chiffre d’affaires de PALM CI. SANIA la transforme en huile de table.
Quel dividende PALM CI a-t-elle versé au titre de 2025 ?
502 francs bruts par action, soit 441,40 francs nets après l’impôt sur le revenu des valeurs mobilières. Il a été mis en paiement le 29 juin 2026. PALM CI distribue la moitié de son bénéfice chaque année depuis 2021.
Poursuivre l’analyse
Cet article décrit une entreprise prise entre deux prix qu’elle ne maîtrise pas. Il laisse ouverte la question qui intéresse l’épargnant : que vaut une action dont le bénéfice dépend d’un plafond fixé par l’État, d’une enchère sur les régimes et d’un verger qui vieillit, au moment où le premier semestre 2026 recule de 41 % ?
Notre note de recherche sur PALM CI reprend cinq exercices de comptes ligne à ligne, reconstitue l’économie d’une tonne de régime usinée, mesure l’effet sur le résultat de chaque levier (prix des régimes, prix plafond, taux d’extraction, rendement des plantations), estime le second semestre 2026, puis confronte plusieurs méthodes de valorisation à trois scénarios.
Consulter la note de recherche PALM CI →
Sources
- Jeune Afrique, « Sifca au régime asiatique »
- Commodafrica, « Avec le retrait d’Olam, Wilmar est seul à bord de l’ivoirien SIFCA », mars 2018
- Jeune Afrique, « Olam sort de Sifca… et se sépare de Wilmar »
- WARA, carte d’identité du groupe SIFCA, juin 2018
- The Africa Report, « Palm oil: You reap what you sow »
- Rapport annuel 2025 et états financiers SYSCOHADA 2021-2025 publiés par PALM CI à la BRVM ; rapport spécial des commissaires aux comptes, exercice 2025 ; notation Bloomfield 2025-2026
- Note de recherche Ridwan Abdou n°005, Consommation de base, 14 octobre 2026